Le 29 juin dernier, nous, anciens détenus politiques sous le régime sortant, avons adressé une demande d’audience au Président de la République, garant de l’unité nationale et Président de tous les Sénégalais.
Si cette audience nous est accordée, nous nous y présenterons nombreux, accompagnés de nos familles, elles aussi profondément marquées par les épreuves que nous avons traversées. Notre seul « crime » fut d’avoir défendu un idéal : celui du projet porté par Pastef, fondé sur la justice, la dignité et la souveraineté.
Dès son accession à la magistrature suprême, le Président de la République avait instruit les autorités compétentes d’assurer le suivi et l’accompagnement des anciens détenus politiques. Pourtant, sur le terrain, nous avons été confrontés à une tout autre réalité. Certains anciens ministres et directeurs généraux ont tenté de nous intimider, de nous discréditer et de nous reléguer au second plan. Nos propositions en faveur de l’insertion professionnelle de jeunes anciens détenus sont restées lettre morte, alors que notre seule ambition est de servir notre pays avec loyauté et compétence.
Nous ne sommes ni des victimes éternelles ni des instruments de manipulation politique. Nous sommes des citoyens engagés, qui ont payé le prix de leurs convictions et qui aspirent aujourd’hui à participer pleinement à la reconstruction nationale.
Si le Président de la République nous reçoit, nous répondrons à son invitation avec humilité, dignité et sens des responsabilités.
En revanche, nous refusons que ceux qui ont été écartés de leurs fonctions pour incompétence ou pour avoir privilégié des intérêts partisans se découvrent aujourd’hui une vocation de défenseurs des anciens détenus politiques. Comment peuvent-ils prétendre parler en notre nom alors qu’ils occupent encore des postes de privilège au sein du cabinet de la présidence de l’Assemblée nationale ? Pourquoi ces responsabilités ne seraient-elles pas confiées à des femmes et des hommes qui ont connu la prison, la souffrance et le sacrifice pour leurs convictions ?
Comme le dit si bien notre sagesse populaire : « Khëll khalat lay jëriñ. »
Le temps des calculs politiques et de la manipulation doit définitivement appartenir au passé. L’heure est désormais au travail, à la responsabilité et au rassemblement. La réussite du mandat du Président Bassirou Diomaye Faye doit être celle de toute la Nation.
À mes frères et sœurs anciens détenus politiques, je lance un appel à l’unité. Nous avons été gazés, torturés, emprisonnés. Certains ont perdu leur emploi, d’autres leur famille, beaucoup portent encore les stigmates physiques et psychologiques de cette période sombre. Notre combat ne doit jamais être instrumentalisé. Il doit servir à bâtir un Sénégal où plus aucun citoyen ne sera persécuté pour ses opinions.
PLUS JAMAIS CELA.
J’ai également une pensée fraternelle pour notre coordinateur, Djiby Mbaye, gravement malade. Nous lui adressons nos vœux les plus sincères de prompt rétablissement. Combien de portes a-t-il frappées, son curriculum vitae à la main, sans jamais obtenir l’écoute qu’il méritait ? Aujourd’hui qu’il est hospitalisé, certains viennent lui témoigner une compassion bien tardive. Les actes ont toujours plus de valeur que les discours.
Je l’affirme avec gravité : la véritable trahison est celle de certains responsables de Pastef qui ont trahi les idéaux qu’ils prétendaient défendre, trahi leur propre frère de parti, le Président Bassirou Diomaye Faye, trahi les anciens détenus politiques et, au-delà, les attentes légitimes du peuple sénégalais.
Le 9 mai dernier, j’écrivais déjà que le « Pastef émotionnel » était mort. Pour avoir exprimé cette conviction, j’ai subi insultes et menaces. Mais les intimidations ne changeront jamais la vérité.
Aujourd’hui, notre responsabilité est claire : demeurer unis autour du Président de la République, l’accompagner avec loyauté dans sa mission et placer l’intérêt supérieur de la Nation au-dessus de toute considération partisane.
Si les idéaux qui nous ont rassemblés ne trouvent plus leur traduction dans les actes, alors il nous appartiendra de construire une nouvelle force politique, authentiquement patriotique, fidèle aux principes de justice, de mérite, de dignité et de souveraineté. Une force où la patrie sera toujours placée au-dessus des intérêts individuels.
Vive la République !
Vive le Sénégal !
Léon Diomaye GNING, ancien détenu politique.
