Alors que le Sénégal tente de panser les plaies des violences politiques survenues entre 2021 et 2024, de nombreux activistes et militants vivent encore dans l’ombre de l’exil. Nous avons rencontré Souleymane Sanfal Dedhiou, un ancien militant du PASTEF installé au Canada après son arrestation en juin 2023 dans les affaires politiques de Ousmane Sonko.
Pourquoi avoir choisi le Canada pour votre exil ?
Souleymane : Ce n’était pas un choix de confort, mais de survie. Le Canada a toujours eu cette image de terre d’asile et de respect des droits de l’homme. Ici, je sais que je peux exprimer mes opinions sans craindre qu’une camionnette banalisée ne vienne me chercher au milieu de la nuit.
Racontez-nous les événements qui vous ont poussé au départ.
Amadou : Tout a basculé lors des manifestations de juin 2023. J’ai vu des amis tomber sous les balles. La répression était d’une brutalité inédite. J’ai été identifié comme un meneur local. Après avoir passé deux jours en garde à vue dans des conditions inhumaines. Ce que des organisations comme Amnesty International dénoncent aujourd’hui comme de la torture.
Comment s’est passée votre arrivée ?
Amadou : Psychologiquement, c’est dur. On arrive avec un traumatisme. On sursaute au moindre bruit de sirène. Mais la communauté sénégalaise ici est très soudée. Beaucoup de compatriotes sollicitent les services consulaires pour régulariser leur situation, car le Canada reste une destination majeure pour la mobilité sénégalaise.
Le Sénégal a une nouvelle administration depuis 2024. Envisagez-vous un retour ?
Amadou : C’est mon vœu le plus cher. Les autorités actuelles parlent de justice pour les victimes et de fin de l’impunité. Mais pour l’instant, je reste prudent. Une loi d’amnistie a été votée, mais de nombreuses familles attendent encore que les responsables des morts soient jugés. Tant que la peur ne sera pas remplacée par une justice réelle, mon exil continuera.
